Être Femme


À l’occasion des groupes et des stages que j’anime depuis des années, nombre de femmes témoignent de leur désarroi dans leur quête de leur féminité :

« Je ne me sens pas femme… ».

« Je ne sais pas ce que c’est, la féminité…. ».

« Je suis à la recherche de ma véritable nature, mais je ne sais pas où chercher … ».

Effectivement, après des millénaires de patriarcat, souvent, nous nous sentons être une « personne », asexuée. Or, notre véritable puissance réside dans notre nature sexuelle.
On en parle tellement de la féminité. Mais qu’est-ce que c’est, en fait, la féminité ?

L’Énergie féminine

L’énergie féminine comporte un aspect statique et un aspect dynamique [1].

De par sa nature statique, elle contient. C’est le récipient qui accueille, l’utérus qui porte. Ce sont les bras de la mère qui consolent et qui apaisent les émotions.
Dans sa nature dynamique, l’énergie féminine ondule. Telle une danseuse, elle coule à l’image de l’eau qui se faufile partout. Elle enveloppe comme le ferait la brume ou bien le parfum.

Le mouvement féminin est tout en rondeur. Quelle délicieuse sensation que de laisser monter son énergie en ondulant le bassin, en la faisant couler dans ses veines et envahir ses cellules.

Le Flux Énergétique Féminin

Au sein du corps humain, le flux énergétique circule entre deux pôles principaux qui sont le cœur et le sexe.

L’un des deux pôles est positif, il a un rôle d’émetteur d’énergie, pendant que l’autre est un pôle négatif qui reçoit l’énergie. Le flux d’énergie circule du pôle positif vers le pôle négatif.

Le pôle positif de la femme est son cœur, caractérisé par la protubérance corporelle que constituent ses seins. Son pôle négatif est composé de ses organes génitaux et reproductifs [2].

La direction du flux énergétique spécifique, conditionnée par la différence sexuelle, se met en place avec la différenciation des gonades aux environs de six semaines de gestation.

Ainsi, chez la fille, les gonades se tournent vers l’intérieur, pour former les organes génitaux : la vulve, le vagin, l’utérus et les ovaires [3].

La femme est caractérisée par cette spécificité, son pôle émetteur se situe dans son cœur, alors son énergie sexuelle et vitale se trouve dans son pôle récepteur. Elle reçoit l’énergie par son vagin, son pôle négatif, énergie qui se dirige ensuite vers son pôle positif, le cœur, à travers lequel elle va la restituer au monde. Elle prend donc l’énergie sexuelle ou vitale en elle, la transforme à l’intérieur d’elle-même, pour la retransmettre ensuite comme énergie du cœur. C’est pour cette raison qu’une femme s’exprime facilement par l’amour qui est l’expression naturelle de son flux énergétique féminin.

Le centre de l’énergie vitale (hara ou tantien des taoistes) se trouve donc chez la femme au niveau de son utérus. Ce pôle récepteur est particulièrement vulnérable [4].

Si au cours de son développement, la petite fille qu’elle a été n’a pas pu investir ses organes génitaux et reproductifs, soit parce qu’elle a été intrusée, ou bien parce qu’elle a subi le poids des transmissions d’un régime patriarcal méprisant, la femme qu’elle deviendra risque de ne pas pouvoir habiter cette zone-là qui détermine pourtant son identité sexuée. Elle aura alors le choix entre se couper de sa puissance sexuelle ou bien se retirer énergétiquement de son bassin et deviendra ainsi vulnérable, plus facilement intrusable et violable.

Une femme qui a du se couper très tôt de sa puissance sexuelle surinvestira souvent le cœur - l’amour, le don de soi, etc. – afin de tenter de combler désespérément le vide qu’elle porte en elle. Elle sera particulièrement émotive et mal armée par rapport aux difficultés de la vie, car elle restera dans l’état psychique d’une petite fille qui n’a pas encore accès à sa puissance sexuelle.

Être Femme, c’est ouvrir son cœur à ses organes génitaux et puiser la force de son amour dans sa puissance sexuelle. Cette puissance sexuelle, chaque femme la porte au fond d’elle-même. Elle se révèle par sa capacité d’ouverture et d’abandon inné à sa nature sexuelle, qui est de recevoir et de transformer les énergies.

Le Cycle Féminin

Une femme vit au rythme de son cycle menstruel qui s’accorde lui-même au cycle lunaire. Ainsi, par sa synchronisation avec la lune, la femme reflète son lien avec le divin.

Elle est capable de donner la vie, d’amener une âme du monde invisible dans le monde manifeste.

Le cycle menstruel, tout comme le cycle lunaire, comporte quatre phases :

  • une phase ascendante, ou pré-ovulatoire,
  • une phase pleine, ou ovulatoire,
  • une phase descendante, ou prémenstruelle,
  • et une phase de lune noire, ou menstruelle.

Ces quatre phases menstruelles sont illustrées par quatre archétypes féminins :

- La Vierge : L’énergie de la phase pré-ovulatoire est celle d’une jeune fille dynamique et rayonnante.
Libérée de la procréation, la femme, durant cette phase, n’appartient qu’à elle-même. Elle est sociable, généreuse et déterminée. Elle se montre efficace et ambitieuse. C’est pour elle le moment idéal de démarrer de nouveaux projets.
Son énergie sexuelle est fraîche, joyeuse, stimulante.

- La Mère  : : La phase ovulatoire contient les énergies de la bonne mère, nourricière et aimante, qui se met au service des autres.
Lors de cette période, les envies personnelles perdant de leur force, la femme adopte une attitude désintéressée d’elle-même, caractéristique de la maternité. Elle est attentionnée, rayonnante, capable d’assumer des responsabilités, d’apporter son soutien ainsi que de créer de façon productive.
Sa sexualité est emplie de son amour et de son besoin de partage profond.

- L’Enchanteresse : La phase prémenstruelle correspond à l’énergie descendante de par le fait que l’ovule ait été libéré, mais non fécondé.
L’énergie de la femme se tourne alors vers sa nature intérieure. Elle prend conscience de son pouvoir et de sa magie personnelle, ainsi que de son effet sur les hommes. Sa créativité se libère et peut être effrénée. En proie à des énergies destructives, elle est facilement irritable et a tendance à dramatiser. Son intuition est infaillible, surtout par rapport aux aspects sous-jacents.
Sa sexualité devient fougueuse et puissante.

- La Sorcière : La phase menstruelle est caractérisée par le retrait du monde extérieur et l’orientation de la conscience vers l’intérieur.
Pendant cette période, la femme est tout particulièrement en lien avec son inconscient. Son intuition est à son zénith. C’est un temps d’introspection, avec un besoin accru de repos et de sommeil. C’est le moment idéal pour intégrer son passé et pour imaginer des solutions à ses problèmes actuels.
Sa sexualité, profonde, célèbre le lien spirituel qu’elle entretient avec son partenaire.

Chacune de ces phases se succède et dure environ une semaine. Chaque mois, une femme incarne donc les quatre archétypes, à sa manière. À tout moment, elle porte une part de lumière et une part d’obscurité en elle, les transitions entre les phases étant progressives et chaque phase contenant l’essence de celle qui lui est opposée : tout comme la menstruation démarre le cycle hormonal de la prochaine ovulation, l’ovulation mène au processus de la menstruation.

Plus tard, la ménopause symbolisera, de par l’arrêt de ce cycle menstruel, l’intégration des quatre archétypes : la femme ménopausée a toutes les énergies à sa libre disposition.

Vivre au rythme de son cycle, s’observer, s’accompagner et s’autoriser le changement perpétuel pour profiter au mieux des atouts de chaque phase permet de vivre en harmonie avec sa nature féminine profonde qui est tout sauf linéaire.

La Magie du Sang

Une femme qui vit les énergies de son cycle en conscience, interagit non seulement avec le monde visible, mais également avec le monde invisible et spirituel. Elle vit une puissante sexualité, elle est en capacité de donner la vie et elle est sujette aux énergies destructrices amenant à la mort.
La part destructrice de la femme peut paraître effrayante si on la considère d’un point de vue linéaire. Par contre, en tenant compte d’une vision cyclique, elle autorise le départ vers un nouveau cycle de croissance.

Le sang menstruel représente son pouvoir fondamental. Craint de tout temps, il fut vénéré au cours des temps anciens, puis méprisé par des sociétés patriarcales condamnant la femme à s’isoler. Aujourd’hui, au mieux, il nous met mal à l’aise, car instinctivement, notre inconscient connaît l’aspect puissant du sang menstruel qui a été utilisé dans des rites et cérémonies spirituels à travers tous les temps sur l’ensemble de la planète.

Le sang de la Déesse représentait la magie à travers laquelle nous entrions dans la vie (naissance) ainsi que les bras en veille de la mère qui nous attendaient à notre mort (menstruation). Les premiers chamanes étaient des femmes qui utilisaient leur sang coulant naturellement des règles ou des accouchements. C’est lorsque les hommes ont privé les femmes de ce rôle que le sacrifice rituel a été inventé, et ce, afin de remplacer le sang menstruel. Car si les femmes versent leur sang pour donner la vie, les hommes doivent avoir recours au sacrifice pour y avoir accès.
Des traces de cette magie du sang menstruel sont présentes dans des courants religieux de la planète, des Aztèques jusqu’aux Chamanes tibétains. Nous les trouvons également dans la symbolique du Graal. Ces légendes offrent une compréhension profonde des énergies de l’utérus et du cycle menstruel.

- Le Graal est le calice qu’utilisait le Christ lors de la Cène, qui a ensuite servi à recueillir le sang qui coulait de ses plaies lorsqu’il fut crucifié. Il symbolise la vie et la mort, car ceux qui boivent ce sang meurent dans ce monde pour renaître dans le prochain. Tout comme l’utérus amène des âmes de l’au-delà dans le monde ici-bas. Les femmes qui apparaissent dans les récits du Graal ne sont d’ailleurs pas à sa quête car elles en possèdent déjà le pouvoir dans leur propre nature féminine.

- D’après les taoïstes, la femme initie l‘homme dans le mystère de la vie en l’accueillant pendant ses lunes. Le mélange du sang menstruel et du sperme créerait un élixir susceptible de rendre immortel.

Être femme, c’est honorer son sang et être consciente de sa magie.

La Puissance des Organes Féminins

Mais être femme, c’est tout d’abord se connaître. C’est sortir de l’ignorance et de la passivité dans lesquelles nous avons été enfermées pendant des siècles et dans lesquelles nous nous complaisons encore trop. Nous sommes des êtres douées de plaisir et d’une capacité multi-orgasmique. Ce don nous appartient, tout comme notre désir. Avoir accès à sa puissance sexuelle, à ce soleil qui irradie le bas-ventre, commence d’abord par s’assumer et s’aimer.

La clé du plaisir de la femme consiste en l’ouverture et en la réceptivité, d’abord envers soi-même, son propre ressenti, ce qui permet ensuite l’accueil total de l’autre.
Pour être en mesure d’accueillir ainsi, la femme a besoin de se sentir aimée et en sécurité. Elle doit utiliser son discernement pour choisir les énergies auxquelles elle s’ouvrira. Elle est sa propre gardienne, nul ne la protégera à sa place. C’est en assumant cette responsabilité envers elle-même, qu’elle pourra ouvrir son cœur et trouver les chemins du plaisir.

Le vagin et l’utérus sont des organes réceptifs. Cette réceptivité n’est pas passive, au contraire. La femme a un pouvoir d’attraction. Lorsqu’elle est ancrée dans sa force, elle est capable d’attirer à elle tout ce qu’elle souhaite.

- Son vagin devient un organe réceptif actif par l’activation des muscles du périnée qui l’entourent jusqu’au col et qui stimulent les quatre branches du clitoris enroulées autour de ses parois. Il accueille et masse le pénis qui la pénètre, créant une co-pénétration qui aboutit à une alchimie des énergies féminines et masculines.

- Son col de l’utérus est le point de rencontre de ces deux énergies. Lorsque la femme ouvre la porte énergétique de son col de l’utérus à l’énergie masculine pour la recevoir au sein même de son utérus, elle est alors révélée à elle-même, ressentant une béatitude et une gratitude qui subliment sa véritable nature. L’utérus est le chaudron magique de la femme, le siège de sa créativité, mais également le réservoir de toutes ses transmissions et blessures concernant sa féminité. Pour les taoïstes, l’utérus est la porte de l’enfer ou du ciel de la femme, c’est elle qui choisit. Pour pouvoir vivre sa véritable nature, elle doit prendre soin d’elle et guérir tout ce qui l’entrave.

- Ses ovaires contiennent tout son potentiel féminin. En s’aimant et en se connectant à l’énergie de ses ovaires, elle aura pleinement accès à ce réservoir des possibilités infinies, bien au-delà de la ménopause.

Ainsi, être Femme, c’est avoir le courage de traverser les poids des transmissions, ouvrir son cœur à son identité sexuelle, apprendre à connaître sa véritable nature, accepter de vivre au rythme de ses cycles, être consciente de la magie de son sang et vivre pleinement à partir de la puissance de ses organes génitaux.

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Christina Zelzner

Christina Zelzner est psychobiothérapeute et anime des stages pour les Femmes dans lesquels elle leur transmet des clés pour accéder à leur véritable puissance.




Notes

[1Il est à noter que l’énergie masculine a également une dimension statique et dynamique. De par son état statique, elle tient. C’est le mur qui marque la limite et qui protège. Dans son état dynamique, l’énergie masculine projette. Elle lance, elle coupe, elle pénètre,
elle franchit les obstacles. Le mouvement masculin est linéaire.

[2L’homme, à contrario, voit son pôle positif émetteur caractérisé par ses organes génitaux protubérants, son pôle négatif réceptif étant son cœur barricadé derrière ses pectoraux. Son flux énergétique suit donc la direction opposée de celui de la femme, ce qui les rend totalement complémentaires.

[3Chez le garçon, les gonades se tournent à l’extérieur, pour former le pénis, les bourses et les testicules.

[4Le pôle récepteur est particulièrement vulnérable tant pour la femme que pour l’homme.


Références

« Accouchement, sang menstruel et chamanisme », Vicki Noble
« La Lune Rouge », Miranda Gray
« Femme désirée, femme désirante », Danielle Pflaumenbaum
« La sexualité féminine », Maytre Piontek
« Making Love », Diana Richardson



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